Traduction de la conférence “Les questions sur la santé et la vape” en 2018 :

Lors du Vapexpo 2018 à Villepinte se sont tenus plusieurs conférences et notamment une qui a retenu toute mon attention : celle à propos des questions sur la vape et la santé.

Les invités :

Animée par Jacques le Houezec (tabacologue, formateur et expert ès nicotine, blog ICI), les invités internationaux étaient les suivants:

Professeur Riccardo Polosa (directeur médical de l’Institut de médecine interne et d’immunologie clinique, directeur scientifique du Centre d’excellence pour l’accélération de la réduction de HArm (CoEHAR) de l’Université de Catane en Italie; responsable du Centre de recherche sur le tabac de l’Université (CPCT) et Professeur honoraire de médecine à l’Université de Southampton (Royaume-Uni). Il est devenu récemment conseiller scientifique pour l’INNCO.

Docteur Konstantinos Farsalinos ( Spécialisé dans la recherche en pharmaco au centre de cardio- chirurgical Onassis à Athènes en Grèce, pour l’unité de Patras, et pour l’école nationale de Santé publique grecque. Il conduit avec succès nombre d’études de recherche en laboratoire et recherche clinique sur le vapotage depuis 2011).
Retrouvez-le sur son blog ICI.

Notons aussi la présence de deux autres invitées :

-Françoise Jeanne Gaudel, responsable du groupe Facebook Je ne fume plus qui accompagne les défumeurs au quotidien avec son équipe, quelque soit la méthode de sevrage choisie (14 000 membres)
-Vanessa Delarue, gérante d’un réseau de magasins de vapotage et administratrice de Vape Info Service.

Vapoteuse bénévole, je traduis depuis 2013 régulièrement parmi d’autres choses les interventions de nos experts scientifiques anglophones, afin de permettre au plus grand nombre, parmi les vapoteurs intéressés par la question, d’avoir accès aux informations scientifiques sans être gêné par la barrière de la langue.
Cette traduction m’a pris plus de 12 heures de travail et j’espère qu’elle vous permettra d’être à même de parfaitement saisir les informations que nos experts nous transmettent, ainsi que problématiques à propos desquelles ils souhaitent nous sensibiliser.
Retrouvez-moi aussi sur FB ICI.
Vos retours sont bien évidemment les bienvenus et j’espère qu’à partir de cette traduction, nous aurons l’occasion de voir enfin des débats basés sur ce que nos experts ont réellement dit et non sur ce que certains ont pu en comprendre.

 

En préambule :

Voici quelques informations utiles quant à la compréhension de ma traduction :
1° J’ai utilisé les initiales des différents intervenants ci-dessus. Par exemple : RP pour Riccardo Polosa, KF pour Konstantinos Farsalinos…
2° J’ai retranscrit chaque question posée et traduit l’ensemble des déclarations faites en anglais, que ce soit celles de nos intervenants ou des auditeurs.
3° Retrouvez le lien vers cette conférence ICI.

Voici la traduction, je vous en souhaite bonne lecture :

FJG : La question que les vapoteurs, ou l’entourage se posent, c’est “qu’y-a-t-il dedans?”:

RP : La plupart d’entre vous (savent) qu’il y a beaucoup de travail de recherche sur la composition des émissions liées à la e-cigarette. Evidemment, l’aérosol émis par la e-cig n’est pas sans risque, rien ne l’est. L’aérosol contient des particules chimiques certes, mais sans commune mesure avec celles retrouvées dans la fumée des cigarettes traditionnelles.
Il est important d’étendre cette investigation aux éléments qui n’ont jamais encore été recherchés jusqu’ici et pour lesquels logiquement, nous ne savons légitimement pas encore s’ils sont associés directement ou non à des maladies physiologiques.

Actuellement beaucoup d’études, essayent de faire un rapprochement de façon limite outrancière  entre la BPCO causée par la consommation du tabac traditionnel combustible ( qui est parfaitement connue) et la BPCO provoquée soi-disant par la vape et la, ça me fait sourire.
Ca me fait sourire car ces 2 aérosols sont totalement différents et à ce titre, il est probable que si la vape occasionne potentiellement un risque de ce type, il s’agirait d’une pathologie qui reste encore inconnue à ce jour, et à priori qui n’aurait rien à voir avec la BPCO liée au tabagisme que l’on connaît clairement.

KF : Nous savons ce que les e-liquides devraient contenir. Le problème vient du fait, que beaucoup de fabricants de e-liquides, si ce n’est la majorité, ne savent pas ce qu’ils mettent dedans. Et pire, ils ne savent pas la quantité de ce qu’ils mettent dedans. C’est simplement qu’ils sont chanceux, car dans la majorité des cas, ils ne mettent pas de composants vraiment mauvais.
Et je ne pense pas que les vapoteurs, moi inclus, méritent de se contenter du facteur chance quand ils vapotent.
Le problème est que les fabricants de e-liquides dans la majorité des cas, et j’en suis convaincu, ne savent pas vraiment quoi mettre et dans quelle quantité.
C’est une véritable chance que la vape soit déjà en tant que telle un produit sûr par nature. Les ingrédients utilisés pour la composition des e-liquides viennent le plus souvent de l’industrie agro-alimentaire. Empiriquement, On sait que lorsque ces substances sont digérées puis absorbées dans le sang, elles sont globalement sans risque.
La question qui est nouvelle et se pose désormais, concerne leur sécurité via la voie d’administration pulmonaire. Et il nous faudra des années pour évaluer les effets sur cette nouvelle voie d’administration.

(…)

Je ne suis pas là pour rassurer je suis là pour dire la vérité. Si cela ne vous rassure pas, c’est que la vérité de mes propos n’est pas rassurante.

Pour vous dire la vérité, moi-même en tant que vapoteur, j’ai beaucoup de mal aussi à savoir ce qu’il en est. C’est très difficile pour moi aussi. Je n’ai jamais vu de fabricant produire les preuves des études qu’ils conduisent, ni la documentation qui va avec; la réglementation européenne en matière de vapotage est en elle-même un non-sens et pire l’Europe ne met à disposition aucune information ni contrôle quand à la qualité et la sécurité des e-liquides mis sur le marché. Ces mêmes règles ont été édictées par des bureaucrates qui ne savent pas ce qu’est la vape. Nous ne pouvons donc pas attendre, de ces régulateurs, la moindre réglementation utile en la matière.
C’est juste une réglementation à laquelle les fabricants doivent se soumettre, mais elle n’offre pratiquement quasi aucune information quant à la qualité des produits disponibles.
En conséquence, et bien malheureusement, la réglementation dans son état actuel n’est ni utile à la sécurité, ni à la santé des consommateurs alors que tel devrait être le cas.

(…)

Il n’y a aucun doute sur ce fait (que la vape est sans commune mesure plus sûre que le tabac traditionnel NDLR), même relativement à tout ce qu’on ne sait pas encore à l’heure actuelle dixit Ricardo. Nous en sommes totalement convaincus, et ce,à l’exception des e-liquides les pires qui soient, qui restent minoritaires.

Néanmoins j’ai deux points utiles à partager :
La composition des e-liquides est quelque chose sur laquelle les vapoteurs n’ont aucun contrôle.
Mais s’il y a une chose qu’ils peuvent contrôler, c’est la quantité d’e-liquide qu’ils consomment.

Les vapoteurs devraient faire 2 choses :
1) Ils devraient utiliser les arômes les plus simples. Plus un e-liquide est complexe en terme de nombre d’arômes, plus on introduit d’inconnues dans l’équation.
Et encore une fois, l’industrie du tabac, qui est tout sauf la plus responsable en terme d’agissements, s’est transformée ces dernières années pour pouvoir réaliser des assemblages encore plus complexes qu’auparavant, au lieu de les simplifier.
Ils ajoutent eux aussi beaucoup d’inconnus à l’équation et donc, de ce fait, autant de potentiels risques.
2) La deuxième astuce pour les vapoteurs est de diminuer leur consommation de e-liquide autant que possible. Cela signifie utiliser des taux de nicotine plus hauts couplée à une vape en MTL (inhalation bouche poumon ou indirecte NDLR).
La  transition vers une vape en DL (inhalation directe) est associée à une augmentation significative de la quantité de e-liquide consommée par jour. Ce n’est pas une bonne chose, car toutes les toxines (leur niveau NDLR) dans l’aérosol dépendent presque entièrement de la quantité ingérée journalièrement.

 

VD : Beaucoup de questions que ce soit sur FB ou dans nos magasins de vape concernent la sécurité du vapotage à long terme. Nous avons certes un recul d’une dizaine d’années et peu de risques à vapoter, mais l’industrie du tabac elle-même disait la même chose à l’époque. A quoi peut-on s’attendre dans 5 ans, 10 ans, dans 30 ans ?

RP : J’aime les paris, les devinettes.
Partons du postulat ensemble que la vape est 50% plus safe que le tabac:  Si c’est vrai et si les 2 causaient les mêmes maladies au final, ce qui je pense n’est pas le cas, le risque de survenue d’un cancer du poumon ne concerne pas les gens âgés de 40 ou 50 ans mais plutôt ceux de 60 ou 70 ans. Et le risque de développer une BPCO ne surviendra pas à 60 ou 70 ans mais plutôt à 90 ou 100 ans. Pour faire simple, vous mourrez plus tôt de toute autre chose  (diabète, hypertension…) que de cela.
Nous ne sommes pas programmés pour vivre aussi vieux.
J’ai appris cette leçon des Tongas en Asie Pacifique, ils ont cette approche “karmatique” de la Vie.
En conclusion, en tant que vapoteurs, vous avez une espérance de vie bien supérieure à ce à quoi vous pourriez vous attendre en tant que fumeurs.

KF : C’est un argument déjà souvent entendu “ C’est trop tôt pour savoir, nous avons besoin de plus de temps pour être fixés”. Nous en saurons sûrement à la génération de votre fille, votre fils mais clairement pas pour vous aujourd’hui. Dans une vingtaine d’années, nous disposerons de plus de recul pour répondre à cette question.
Mais je ne pense pas que là réside le problème. Chaque fois que vous avez un nouveau produit, qu’il soit de vape, de grande consommation ou même issu de l’industrie pharmaceutique, il n’est jamais lancé après 20 ou 30 ans de recherche. On applique pour tous ces produits le principe de veille post-mise sur le marché ( à savoir on évalue en conditions réelles, sur l’ensemble des acheteurs, les effets du produit en question NDLR).
On sait qu’il y a des inconnus et qu’il faudra du temps pour les évaluer et connaître les profils épidémiologiques mais ce n’est pas un argument valide contre la e-cigarette. L’industrie du tabac n’est pas un bon élément comparateur car ces produits occasionnent des dégâts plus leur utilisation est longue dans le temps. Ce sera peut être aussi le cas avec les e-cigarettes, mais cela ne signifie pas nécessairement que nous devions devrions comparer les 2, à savoir les effets désastreux de fumer et ceux de la vape, effets qui restent très différents qui plus est.
L’acte de vapoter ressemble certes à celui de fumer mais la comparaison s’arrête là.

 

FJG : Les personnes qui arrêtent de fumer suivent l’actualité scientifique depuis les grands médias et les peurs suivent(…) Les médias parlent d’une étude magnifique réalisée par le docteur Polosa sur la BPCO et à l’inverse ont diffusé comme jamais une étude parue cet été relayant un possible risque d’infarctus dû au vapotage. (…) Est ce qu’il y a un risque cardiaque à vapoter ?
Comment faire et quels arguments apporter face à ces pseudo-publications scientifiques qui plombent la vape ?

KF : Cette question tombe à pic car il y a 3 jours avec Ricardo et X de l’université de New York, nous avons justement soumis une étude pour publication avec le titre suivant : “Les e-cigarettes électroniques sont-elles associées à un risque de maladie cardio-vasculaire ou d’infarctus ?”
Pour ce faire, nous avons analysé la même étude que Glantz mais avec en plus celles des 2 dernières années (2016,2017).
Pour tout vous dire, Glantz a analysé 2014 et 2016. N’est ce pas quelque peu étrange qu’il ait omis d’analyser les résultats de 2015 et il semble qu’il ait même sélectionné les années d’analyse en fonction des résultats qu’il voulait montrer.
En tous les cas, notre étude va être publiée sous peu et pour répondre à votre question, et nos conclusions à partir de la même étude sur laquelle Glantz se base et sur les années 2016 et 2017 que nous avons étudié, il n’y a aucun risque associé entre le vapotage et la survenue de maladies cardio-vasculaires.

RP : Oui, ce sont les mauvaises nouvelles qui font le buzz malheureusement. (…)
Cependant, nous avons clarifié et de façon indubitable, que personne parmi vous ne va mourrir d’une maladie cardio-vasculaire liée à votre pratique du vapotage.
Mais revenons aux impacts sur le système respiratoire.
J’ai récemment fait la revue d’une étude similaire sur le concept et à grande échelle à propos de la BPCO. La conclusion des auteurs est que le risque de survenue de BPCO est fortement associé au vapotage.
Mais le principal écueil de cette étude tient à la définition même de la BPCO : Toute toux reportée à votre médecin généraliste était immédiatement reportée dans l’étude en tant que BPCO.Ca n’a aucun sens, et ce, d’autant plus en terme de vapotage, car n’importe quel vapoteur qui commence va développer une toux dans les premiers temps, toux qui disparaîtra au bout de quelques jours.
Le problème est que les médecins ici ont fait des diagnostics sans queue ni tête, qui ont été pris pour argent comptant par ces revues scientifiques.
Pour vous dire la vérité, j’ai moi-même été examinateur/critique pour des revues, je soulignais les points à controverse, l’éditeur les acceptait et la publications a été refusée. Probablement, certains en sont encore à apprendre leurs métiers (ironie NDLR).
(…)
Donc ne vous inquiétez pas de ce côté là. De plus, nous avons été l’un des seuls centres à suivre cette population dans notre clinique et ce sur 3 ans. Notre expérience a pu même démontrer le contraire, à savoir que les gens allaient mieux en passant à la vape.

VD : Quid des symptômes que rencontrent les vapoteurs lorsqu’ils se mettent à la vape ? Les gens ont tendance à incriminer les nouveaux effets qu’ils rencontrent lorsqu’ils cessent de fumer et qu’ils passent au vapotage lui-même. (…)

KF : C’est assez normal quand on démarre quelque chose de nouveau d’attribuer les effets nouvellement déclarés avec ce qu’on a entrepris.
Un exemple typique est celui des fumeurs qui arrêtent de fumer et passent à la vape. Ils développent une toux productive qu’ils n’avaient pas avant.
Mais même un simple fumeur qui arrêteraient le tabac fumé a déjà toutes les chances de générer une toux productive, et ce dès le départ et sans vapotage. Il s’agit ici tout simplement d’un subtile mécanisme physiologique de régénération des défenses pulmonaires.
J’ai d’ailleurs rencontré des vapoteurs, qui apeurés par cette toux, ont préféré revenir au tabac.
Le problème vient surtout du manque d’information et du niveau de connaissances des vapoteurs à propos des symptômes ou effets qui peuvent survenir, sans qu’ils soient pour autant néfastes pour la santé. Cela ne signifie en aucun cas que vapoter est mauvais pour la santé mais comme les vapoteurs ne le savent pas, ils réagissent directement en pensant que c’est la vape qui a causé leur symptôme. Vous comprenez donc toute l’importance qu’il y a à éduquer les vapoteurs, afin qu’ils soient correctement informés et qu’ils sachent à quoi s’attendre.

RP : Lorsque vous vous arrêtez de fumer, vous récupérez un certain nombre de fonctionnalités dans votre corps : l’odorat, et le goût par exemple mais aussi votre toux réflexe. Pourquoi ? Parce que le tabac fumé tue bon nombre de choses : il annihile notamment vos récepteurs gustatifs, olfactifs et ceux liés à la toux.
Quand vous vous arrêtez de fumer, vous réactivez tous ces récepteurs et en ce qui concerne ceux liés à la toux, même une simple respiration superficielle peut réactiver votre toux.
Les mêmes modèles de désactivation/réactivation s’appliquent qu’on arrête de fumer ou qu’on passe à un autre système, comme ici avec le vapotage.
Vous comprenez toute l’importance qu’il y a à éduquer les gens sur ces points, ce que j’ai fait avec vous en prenant 5 minutes de plus.

 

Auditeur (possiblement un membre de France Vapotages dixit des vapoteurs présents) :Je voudrais revenir à quelque chose que vous avez dit plus tôt relativement à la sécurité. Vous avez déclaré que “Le problème vient du fait, que beaucoup de fabricants de e-liquides, si ce n’est la majorité, ne savent pas ce qu’ils mettent dedans. Et pire, ils ne savent pas la quantité de ce qu’ils mettent dedans.” Nous sommes conscients combien vaste et disparate est le marché des e-liquides, entre d’un côté des milliers de fabricants qui arrivent avec succès à mélanger des arômes pour en faire des liquides, et de l’autre côté ne sont pas suffisamment attentifs ou ne mettent pas assez de moyens pour évaluer chaque ingrédient qu’ils utilisent, au delà du simple aspect réglementaire. Et nous avons encore d’autres compagnies, comme l’industrie du tabac, qui eux disposent de moyens faramineux, d’équipes scientifiques conséquentes qui évaluent chaque ingrédient utilisé à la base. Est-il acceptable de considérer en général que les produits venant de ces grandes compagnies sont en général plus sûrs que ceux venant d’une industrie plus fragmenté ?

KF : A 100 % ! Je suis complètement d’accord. Je ferai bien plus confiance à des liquides venant de Big tobacco que ceux venant de petites compagnies de vape indépendantes.
Le gros problème vient du fait que les fabricants d-e-liquides ne fabriquent pas eux-mêmes les arômes qu’ils utilisent. Comme vous l’avez mentionné, ce sont d’excellents assembleurs d’arômes qu’ils mélangent pour fabriquer leurs produits et offrir le rendu qu’ils attendent mais ils ne fabriquent pas au sens strict les arômes eux-mêmes.
Fabriquer un arôme signifie associer chaque composé, les associer, les mélanger à des taux précis et selon la formule établi pour créer l’arôme lui-même.
La majorité de l’industrie de la vape, recourt à 4 ou 5 fournisseurs d’arômes, et ce dans la majorité des cas. Ces mêmes fournisseurs ne sont pas eux-mêmes des fabricants d’arômes.Ils ne savent donc pas ce qu’il y a exactement dans les arômes qu’ils achètent. Ce sont des revendeurs de revendeurs en fait. Je ne veux pas citer de nom mais vous connaissez certaines compagnies américaines, elles ne fabriquent pas leur arômes. Si vous posez la question à un spécialiste des arômes dans l’industrie agro-alimentaire et que vous lui donnez le nom des 3 ou 4 plus gros fournisseurs d’arômes pour l’industrie de la vape, ils n’en connaissent strictement aucun et leurs noms sont inconnus de leur industrie. Tout simplement parce qu’ils ne sont pas fabricants d’arômes issu de l’industrie agro-alimentaire eux-mêmes mais que ce sont des revendeurs.
L’industrie du tabac sur ce point a une mentalité très différente. Ils vont d’abord s’intéresser à chaque composé faisant parti d’un arôme puis l’évaluer individuellement, ce que personne d’autre ne fait. En outre, ils ont des toxicologues qui vont évaluer scientifiquement le potentiel toxicologique de chaque composé, à la dose à laquelle il est présent dans l’arôme.
Les autres industriels n’ont pas cette expertise, ni cette compréhension à ce niveau (…)
Je suis donc d’accord avec vous que sur le principe, je ferai plus confiance à un e-liquide venant de big tobacco plutôt qu’à celui issu d’une compagnie indépendante de vape, c’est malheureux mais c’est la vérité et c’est malheureux !

 

Claude Bamberger (Président de l’Aiduce) : Sur le même thème des e-liquides, que pensez-vous des démarches de certifications comme l’AFNOR, qui décrivent apparemment ce que vous souhaiteriez de la part des fabricants ?

RP : La norme AFNOR a été créée il y a 5 ans déjà, et à ce titre, mériterait d’être mise à jour.
A l’époque, elle a fait parti des premières tentatives qui avaient pour ambition de faire avancer les choses et de préempter/minimiser les dégâts d’une régulation européenne à venir qui ont fini par arriver en tous les cas.
Cependant, je pense que la norme AFNOR présente de bons et de mauvais côtés mais il est important maintenant d’aller de l’avant ensemble et de s’intéresser notamment à ce qui n’est pas directement associé à la fumée du tabac, mais comme ce monsieur l’a mentionné auparavant, nous voulons comprendre comment et dans quelle mesure, les arômes et leur mélange entre eux peuvent être une source de problèmes parmi d’autres points.
L’AFNOR s’est toujours concentrée historiquement et ce à juste titre à l’époque, sur des problématiques précises : les carbonyles, les métaux et la nicotine principalement ainsi qu’une liste d’autres composés.
Une autre organisation a développé, quant à elle, un autre cahier des charges similaire à celui de l’AFNOR et toutes les deux sont désormais réunies dans un comité technique au sein de l’union européenne, visant à harmoniser le tout (même si harmoniser est un terme idéaliste).

Je pense que nous allons dans la bonne direction, si nous n’exagérons pas, l’exagération risquant de paralyser l’industrie.

KF : J’ai un commentaire à faire sur ma précédente intervention. Je note que la traduction faite par le présentateur a été beaucoup plus “soft” que ce que j’ai réellement dit.
Relativement à l’AFNOR : Maintenant, vous savez, créer des standards et par exemple définir les limites des niveaux d’émissions acceptables de carbonyle, comme pour chaque composant qu’on peut retrouver dans les aérosols de vapotage; hé bien, cela peut parfois créer plus de problèmes que d’en résoudre.
J’ajouterai que je ne connais peu ou pas de scientifiques qui fassent partie de l’AFNOR et qui s’y connaissent terme de e-cigarettes, pareil pour le CEN avec Ricardo. Je ne suis même pas sûr, côté scientifique, de qui participe à ces réflexions de bonnes pratiques et à leur rédaction et leur niveau de connaissances en matière de vapotage alors qu’étrangement je connais beaucoup de scientifiques qui ont cette double expertise et qui ne font partie ni de l’AFNOR, ni du CEN.

 

Auditeur (buraliste) : (…) Lorsque je suis face à un client pour qui le 18,19, ou 20 mg ne suffit pas et que je l’oriente sur des sels de nicotine, est- ce que quelque part  je n’outrepasse pas mon rôle de commerçant en faisant un diagnostic que je n’aurais pas le droit de faire ?
(La traduction de Jacques pour les 2 intervenants étrangers diffère de la question posée NDLR, il y a joute la notion d’un patient atteint de BPCO et qui ne supporterait pas les e-liquides à fort taux de nicotine).

RP : La réponse dépend de la relation que vous avez créée avec votre client. C’est un adulte qui va se baser sur les informations reçues pour prendre sa décision.
La nicotine base peut occasionner une irritation dans l’arrière gorge et dans ce cas, il ne vaudra mieux ne pas utiliser ces produits.

Cependant, si cette personne essaye les sels de nicotine, cela pourra peut-être régler son souci.
Votre interrogation, si je l’ai bien comprise, est qu’en fait , vous vous demandez si vous ne donnez pas trop de nicotine à ce client. Ce n’est pas un problème en soit car les gens naturellement vont titrer eux -mêmes la nicotine dont ils ont besoin et on est loin ici d’un problème potentiel de surdosage en nicotine.
(…)
Non, je ne vois rien ici dans votre démarche qui relève du moindre diagnostic.

 

Présentateur : La plupart des gens ici ont un magasin de vape ou sinon une entreprise liée à la vape, quels conseils pour eux ?

KF : Ma réponse à la précédente question est que oui vous avez raison dans ce cas de proposer des sels et de donner le plus haut de nicotine disponible sinon qui est de 20 mg. Cela permet aux fumeurs de consommer moins de e-liquide tout en leur permettant de recevoir autant de nicotine qu’ils ont besoin. Le problème n’a jamais été le niveau de nicotine qu’ils reçoivent. Le problème vient surtout du fait que de nombreux fumeurs reçoivent à l’inverse moins de nicotine que ce dont ils ont besoin, ce qui rend la cigarette électronique moins efficace .

Je terminerai avec un tuyau pour les vapoteurs. Je sais que la majorité d’entre eux ont l’obsession de réduire les niveaux de nicotine qu’ils vapotent. Et presque tous échouent!
Ils ne font que réduire la concentration de nicotine tout en augmentant dans le même temps leur consommation journalière de e-liquides.
Ce qui compte, c’est la dose totale de nicotine que vous vapotez par jour.
En faisant ça, ils croient qu’ils diminuent leur consommation de nicotine alors que c’est faux.

Il n’y a qu’un seul moyen de réduire sa consommation de nicotine : à savoir diminuer graduellement le taux de nicotine TOUT en gardant la même consommation de e-liquide au quotidien.
Et c’est sur ce point que 90% des vapoteurs, si ce n’est plus, se trompent et échouent dans leur démarche : ils réduisent certes le taux de nicotine mais ils compensent en consommant  plus de e-liquide chaque jour, jusqu’à finir avec du 3 mg et vapotent 4 fois plus de liquides qu’ils n’utilisaient quand ils étaient à 12 ou 16 mg.
Je vais me répéter encore une fois mais la seule façon de réduire sa consommation de nicotine, c’est la combinaison entre l’utilisation de e-liquides à un taux de nicotine moindre ET une consommation d’e-liquide fixe par jour. C’est uniquement de cette façon que çà marche !

RP : Du côté des consommateurs, je suis totalement d’accord avec Farsalinos.
Du côté des fabricants et des professionnels de la vape, je vous dirai de continuer avec votre coeur à faire de votre mieux. N’oubliez pas que vous êtes des promoteurs de santé grâce à cette innovation sans précédent qu’est le vapotage. Oui, vous êtes un commerce avant tout mais dans le même temps, vous sauvez des vies !

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J’en profite pour remercier Thierry et son aide précieuse pour la relecture de ma tartine 🙂